اهل السهوب

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    nouvelle de Abdekrim Bendaho

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    nouvelle de Abdekrim Bendaho

    Message par Admin le Sam 3 Nov - 10:38

    L'orage était d'une rare violence . En quelques minutes, des trombes d'eau s'abattirent sur les gourbis et tout le village nègre quartier des indigènes, ne fut plus qu'une mare d'eau. Nos voisins, dont les maisons furent inondées, se réfugièrent chez nous. Mon père, en homme prévoyant, avait surélevé le terrain sur lequel il avait bâti sa première baraque lorsqu'il était revenu de la grande guerre où il avait perdu une jambe emportée par une mine .C'était le fils d'un bédouin et en tant que tel, il savait qu'on ne plantait jamais une khaima, tente en laine et en poil de chèvre, sur un terrain inondable ou près d'un oued. Et plus tard, lorsqu'il avait construit les deux chambres à la place du taudis en tôle, il avait encore pensé à creuser dans la cour une grande fosse qui avalait toute l'eau qui ruisselait des toits .Les femmes et les enfants étaient entassés dans la pièce qui servait de cuisine .Ma tante Afia et ma mère aidées par mes cousines s'affairaient à préparer le dîner pour tout ce beau monde. C'était la guerre et tout était rationné. Ma mère dut puiser dans les réserves de semoule pour faire ce plat de couscous.
    . Les éclats de voix d'hommes nous parvenaient de l'autre pièce Ils étaient une bonne dizaine dont la moitié avait des liens de parenté avec mon père .Lorsque avec mon cousin nous leur apportâmes les grands plats de couscous, Ammi Hamou ,le plus plolixe d'entre eux ,se tut .Mon père me fit le signe de déposer le plat et de déguerpir car les enfants ne devaient pas entendre leurs propos par ces temps de guerre. Mais en revenant pour leur apporter un broc d'eau j'entendis clairement mon oncle parler des colons qui habitaient le quartier européen du village . Enfant ,je savais déjà que nous étions des laissés pour compte .Nous avions juste le minimum pour survivre. Et ce jour là mes voisins avaient tout perdu. Leurs vêtements leurs couvertures et mêmes les livres et cahiers pour les enfants qui avaient la chance de fréquenter l'école. Tout avait été emporté par les eaux .Et personne ne s'inquiétait de notre sort. Notre quartier était surveillé surtout depuis que l'armée sut que des -fellagas- se cachaient et opéraient à partir de là. Fouilles systématiques , rafles et brimades tel était notre lot quotidien. Ammi hamou fut interrogé plusieurs fois et connut même de longs mois de prison.
    Dans la cuisine ,une femme ne tenait pas en place .C'était l'épouse du -para- comme nous l'appelions nous les enfants de Graba;Ne me parlez pas de lui, disait de lui Ammi Laid le cordonnier. Il vendu sa race et sa religion_ Tous les soirs ,il revenait à la maison complètement ivre et il battait sa femme et son fils Miloud qui avait mon âge .
    Cette pauvre créature savait que son mari ,le harki allait bientôt rentrer à la maison. Et comme tous les soirs , les habitants du quartier allaient assister à une scène conjugale des plus cocasse où un malabar vétu d'une tenue militaire rayée rudoyaient femme et enfant qui ne trouvaient leur salut qu'en se réfugiant chez nous. Mon père en ancien soldat lui disait - Honte à toi fils de Slimane , tu ne devrais pas traiter ta famille de la sorte .Tu es un soldat de l'armée française tu devrais te comporter en soldat .Fixe - et le pauvre bougre qui était complètement ivre , on ne savait par quel miracle s'assagissait et rentrait chez lui suivit par son épouse qui savait qu'il allait maugréer un moment et s'endormir comme un loir.
    Ce jour là , lorsqu'il trouva son misérable logis inondé sous les eaux boueuses , il ne sut que faire .Mon père lui dit d'aller dormir à la caserne et laisser sa famille chez nous .
    -Ne t'inquiète pas , ils vont rester avec les autres .Ils ne manqueront de rien .Va !! Il s'exécuta car mon père avait une certaine autorité morale et personne ne dérogeait à la règle . Il avait fait la deuxième guerre mondiale et avait acquis cette force de se faire respecter par tous les habitants du quartier.

    Miloud allait enfin passer la nuit chez nous. Je sentais qu'il éprouvait une joie immense .Il pouvait enfin s'endormir sans assister à la querelle quotidienne et subir les coups de son géniteur. Quand ma mère éteignit le quinquet ,Miloud se mit à me raconter son enfance de martyr .
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