اهل السهوب

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    goumana

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    BENDAHOU ABDELKRIM

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    Date d'inscription : 18/07/2010

    goumana

    Message par BENDAHOU ABDELKRIM le Dim 3 Oct - 18:39


    GOUMANA

    Elle errait, ….Elle était vêtue d’une sorte de sari ample que mettent les bédouines et dont les lambeaux laissaient entrevoir par endroits des parties de corps crasseux . Un châle aux couleurs effacées laissait apparaître des mèches blanchies par les malheurs … Elle errait pieds nus …Se souciait elle des morsures du froid de cet hiver particulièrement glacial et de celles encore plus atroces des pierres et des épines ?
    Goumana cheminait toujours puis harassée, essoufflée ,abattue par ce vent glacial qui lui lacérait le visage ,elle s’assit sur une pierre ,posa sa joue sur sa main et hocha la tête à plusieurs reprises … Seuls des yeux noirs et brillants donnaient vie à ce visage ravagé par le temps et par les souffrances ;
    Son regard se porta au loin, là où dans ces immenses espaces steppiques le ciel se confondait avec la terre, elle vit un convoi militaire, procession d’engins de la mort qui déparait ce paysage vierge et monotone …Une expression inhumaine déforma son visage .Ses traits se crispèrent et des rides barrèrent son large front. Elle fut prise d’un tremblement qui ne cessa que lorsque le convoi disparut à l’horizon .

    Elle se leva .et courut à perdre son souffle. Il lui semblait qu’elle entendait ces maudits garçons du camp de regroupement d’El Harchaia qui la harcelaient . Elle entendait ces cris « El mahboula –el mahboula » Elle est devenue El Mahboula ,la folle, loque errante sans but ni destination connue, allant d’un camp de regroupement à un autre à la recherche des siens…
    Elle est devenue « El Mahboula » elle, qui enfant était un modèle de sagesse. Elle qui mariée à Laaradj a su élever son enfant tout en s’occupant de sa « Khaima » cette tente qui ne désemplissait pas ,Laaradj étant connu dans sa tribu des Méghaoulia pour son hospitalité légendaire …Que de « difas »,festins au méchoui a-t-elle preparés ,que de fromage de brebis a- t-elle servi à ses proches et invités ?
    Elle se rappela ses jeux innocents d’enfant bédouine …quelques pierres ,des osselets un peu de sable et c’est le rêve …Deux bouts de bois liés en forme de croix sur lesquels elle mettait quelques morceaux de tissus et c’est la poupée faite de ses propres mains et qui devenait tantôt sa fille tantôt sa plus fidèle amie..
    Elle se rappela son mariage avec Laaradj son cousin qui était orphelin , et le défi qu’ils ont ensemble relevé de vivre loin de la tribu . Cinq années après leur mariage , les relations avec ses oncles étaient devenues exécrables …Ce transfuge osa , acheta une tente quelques brebis deux chèvres et un cheval et alla vers le nord à la recherche de la fortune.
    De retour dans la steppe ,Larradj s’associa avec un riche commerçant de Méchéria…Les affaires prospéraient . 1951 était une année faste pour les éleveurs .C’était « l’année de la torche électrique » parce que les maquignons achetaient les moutons de nuit à la lueur d’une torche électrique tellement les brebis étaient grasses.
    Puis vint la guerre … avec elle les malheurs.

    L’administration coloniale devant la poussée du mouvement insurrectionnel décida de regrouper tous les nomades dans des camps …Laaradj ne pouvait pas accepter l’idée de rester dans des « enclos « dirigé par les SAS. Lui, le nomade ,le rebelle et l’ homme libre, comment pourrait-t-il supporter l’enfermement ?
    Il se dirigea vers le Maroc avec sa femme et son enfant …ils marchèrent une nuit entière et s’arrêtèrent à quelques kilomètres de la frontière …Là , épuisés par ce long trajet ils dormirent toute la journée attendant la nuit pour continuer leur fuite vers l’inconnu…Mais ils furent repéré par un avion …Le bombardement dura quelques secondes .Laradj et son fils furent tués …Goumana par on se sait quel miracle survécu à la folie des pacificateurs.

    Goumanna marchait vers le néant…Elle fut prise à nouveau de convulsions .Elle hurla comme une forcenée … Elle avait reconnu l’endroit …Oui après plusieurs mois elle l’avait enfin retrouvé … Elle ramassa un couteau sans manche et commença à courir …C’était le couteau de Laaradj .Elle se mit à enlever un tas de sable .Elle déterra une bouilloire toute bosselée…C’est la pierre tombale qu’elle avait trouvé là lorsqu’elle avait enterré les siens …Oui ,c’est la tombe de Laaradj et El Hadi ,une fosse commune creusée de ses propres mains dans le sable de cet erg …Elle avait passé plusieurs jours à les veiller mais faute de provisions elle a été obligée de revenir vers les camps …
    Un avion survola l’erg …Elle revit l’horreur :les avions, le feu Laaradj , El Hadi …Elle prit une poignée de sable , et la jeta vers le ciel comme si elle voulait défier ce monstre de fer …
    L’avion revint à la charge …Une rafale ..Une seule . Le silence ….








    14 Juillet .Les habitants du village se sont massés sur les trottoirs pour voir le défilé .Ce jour de fête, la France montrait aux indigènes sa force .La fanfare de la légion étrangère ouvrait la parade suivie de tous les corps d’armée…Au milieu, le carré de l’aviation était composés de jeunes officiers avec leur belle tenue bleue…Ils s’arrêtèrent devant le monument aux morts …Un voix autoritaire cria : « Présentez armes » Et un silence de recueillement régna sur la place puis la fanfare entama la musique dédiée à ceux qui se sont sacrifiés pour l’honneur et la liberté de la France…
    Parce qu’il avait participé au nettoyage des frontières où il pourchassait les indigènes qui par peur d’être déportés dans des camps de regroupement ont préféré fuir vers le proche Maroc que Le lieutenant Gomez sera décoré .ce jeune pilote leva les yeux vers ces plaques de marbre collées sur des blocs de gré et sur lesquels on avait gravé les noms des soldats morts pour la France au cours de la première guerre mondiale ....Des centaines de noms originaires de cette région qui ont connu les affres de la faim de la soif et de la maladie dans les camps allemands , des indigènes qui avaient connu Verdun « Ferda » disaient les survivants de l’holocauste …Oui des noms d’indigènes : Braik ould Abdellah ,Slimane ould Laid,Biga ould Naimi …
    Il jeta un regard à sa droite …Il vit des anciens combattants qui avaient participé aux deux grandes guerres …Eux aussi arboraient leurs médailles de guerre .
    Il sera décoré parce qu’il avait tué des gens qui fuyaient la guerre ,les avaient débusqués comme des lapins et tiré des rafales …Il avait même tiré sur une femme dans le désert ... Etait elle morte ou gravement blessée,il ne savait pas …ce qu’il sait c’est qu’il sera décoré lors d’une cérémonie …Ce qu’il ne savait pas c’est que le premier nom sur ces plaques commémoratives de ce monument sur lequel était écrit en lettres dorées « A nos morts» était le grand-père de Goumana …Un char allemand l’avait déchiqueté…
    Lui ,le jeune officier sortie d’une grande école avait sauvagement assassinée une folle qui le défiait avec des poignées de sable …osera _il lorsqu’il partira en permission dans le Vercors raconter à sa mère qui avait le cœur tendre cette héroïque odyssée … La guerre faite ou vécue avait elle une logique ?

    Ce soir sur la place publique la fête continuera avec ses jeux ,son mat de cocagne et son bal …Là il viendra pour montrer sa belle médaille …Choisira sa belle Goumana à la peau claire ,l’invitera à la danse et oubliera dans l’alcool servi à flots dans le bar de Clotilde l’autre Goumana …celle qui était revenue guidée par on ne sait quel destin mourir près de la tombe commune où elle avait enterré les siens…


    antar

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    Re: goumana

    Message par antar le Lun 4 Oct - 12:17

    J'ai lu avec intérêt cette histoie,pleine d'émotions et relatant un fait vécu ...je n'ai ,Mr abdelkrim qu'à te remercier pour ce que tu fais..un bel écrit en témoignage à une personnage de la région restée dans l'oubli...Goumana restera vivante dans nos mémoires..allah yarham chouhad..et qu'Allah te récompense pour cette série de témoignages, sortant de tes profondeurs...comme j'ai toujours dit :..ils necessitent d'être gravés ou édités...bon courage et merci encore une fois à cette belle plume

    antar

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    Re: goumana

    Message par antar le Sam 9 Oct - 10:30

    Nadia d'espagne hier à 10:38
    je suis absolument d'accord avec abadel, une très émouvante histoire qui nous rapporte à une époque pas si lointaine de souffrance qui ne doit pas être oubliée
    mon remerciement aussi pour mr abdelkrim
    medj réponds:
    C'est dans ces quartiers que notre écrivains à vécu son enfance et durant cette époque qu'il a été marqué par certains évènements.Avec son style bien imagé,peint de ses émotions et sentiments, il nous raconte...et nous ouvre une fenêtre vers l'histoire..dans l'intention d'en faire une série sur...(l'enfance et la guerre)..prenant le titre.."".si Mécharia m'était racontée ""..merci pour le partage

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    Re: goumana

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